Pèlerinages inédits et “in est dit”, qui parlent de l’intérieur

Avec le tarot en compagnon de route

J’aimerais vous présenter ici le récit qu’a écrit Martine D. une de mes clientes à la suite d’une lecture Tarot dont l’objectif était de mettre en lumière les raisons inconscientes des schémas répétitifs dans ses relations amoureuses. Martine y partage avec beaucoup de générosité son pèlerinage accompagnée de sa lecture Tarot et ses prises de conscience qui lui permettent désormais de vivre son quotidien relationnel avec beaucoup plus de lucidité quant aux enjeux émotionnels qu’il soulève.


Relation Amoureuse

C'est à la suite d’une soirée relativement décalée en boîte de nuit durant laquelle une voyante m’avait prédit un avenir amoureux catastrophique pour 2017, que je suis entrée en contact avec Louise Dollin, afin d’entamer un travail plus « profond » sur ma vie sentimentale.

L’approche de la trentaine me donnait beaucoup à réfléchir, en cette fin d’année 2016. Mon célibat prolongé depuis 7 ans, entrecoupé de brèves histoires sans queue ni tête, se confrontait régulièrement à mon désir féminin de fondations, d’ancrage, et de couple. Quatre ans de thérapie transgénérationnelle m’avaient pourtant menée à cerner le nœud du problème, sans toutefois que je parvienne à agir concrètement dessus.

Après plusieurs échanges courriels permettant de poser le cadre de ma démarche et de définir l’approche la plus appropriée pour comprendre les tenants et les aboutissants de mes schémas répétitifs dans le domaine sentimental, j’ai reçu la lecture Tarot de Louise. Jamais je n’aurai pensé que cette lecture me mènerait là où elle m’a menée.

Comme toutes les familles, la mienne a sa trame d’histoires singulières, son lot de secrets, de tabous, de non-dits. Ainsi que me l’a formulé Louise au début de la lecture, "Nous sommes construits sur les expériences vécues par nos parents, grands-parents, arrière grands-parents, etc… et aussi par nos vies passées, de toutes ces choses qui ont marqué au fer rouge nos existences, et qui n’ont pas été nettoyées, qui n’ont pas été résolues, qui sont en suspension, qui sont présentes, un peu comme des fantômes au sein de notre psyché, dont le système est très verrouillé, puisque c’est comme ça qu’on peut en fait exister, sans avoir la mémoire de tous ces traumatismes à la conscience."

Le grand secret de ma famille se tisse autour de la naissance de ma mère. Ma grand-mère est tombée enceinte en 1954 d'un homme dont l’identité est un sujet tabou. Quand elle est née, ma mère a été placée en foyer, puis réintégrée dans sa propre famille, par sa grand-mère Adèle, qui l'a "cachée" pendant plusieurs années parmi ses douze enfants, sous l'identité d'une petite fille de la DASS. Louise souligne dans sa lecture qu’il est évident que “[ma] maman rejetée à cause de la paternité va marquer [mon] psychisme très fortement.” Et Louise rajoute plus loin, que cet héritage émotionnel “va à l’encontre de [ma] puissance personnelle. C’est comme un clash à l’intérieur de [moi]."

Lorsqu’elle était enceinte de moi, ma mère a voulu connaître le nom de son père. Ma grand-mère était une personne assez inhibée, peu causeuse, dégageant un sentiment de malaise permanent. Un nom a été dit. Ma mère l’a oublié de suite.

Peut-être est-ce parce que j’étais dans le ventre de ma mère, lorsqu’elle s’est questionnée à ce sujet que l’identité de cet homme, mon grand-père m’obsède depuis toujours. Les nombreuses recherches que j’ai menées me laissent à penser qu’en réalité, ma grand-mère a été abusée par quelqu'un de sa (ma) propre famille, et que c’est ce traumatisme que toute ma famille tient secret, depuis deux générations et bientôt trois.

Tabous

Cet homme que je considère comme mon grand-père secret s'appelait Albert. C'était le mari d'une des soeurs de ma grand-mère. Il était fou amoureux de ma grand-mère, mais celle-ci nous a toujours dit le détester. Peut-être qu’au fond, comme l’a suggéré la lecture de Louise, elle le désirait, "et qu’elle ne se l’est jamais avoué, d’où cette nervosité constante qui l’animait," car c’est un non-sens social, éthique, familial que de désirer le mari de sa sœur et de surcroît avoir un enfant de lui. De fait, leur couple était impossible. Ce monsieur avait eu, l'année précédent la naissance de ma mère, une petite fille qui était décédée en bas âge. Ma mère porte les mêmes initiales qu’elle. Ma mère pourrait être un enfant de remplacement.

Il est assez clair après la lecture, que mes relations avec les hommes tournent autour du schéma de ce grand-père manquant, fuyant, caché, tabou. Louise a pointé et développé avec justesse trois thématiques récurrentes dans mes relations: le non-sens, à l’image du (non)couple de mes grands-parents, l’impossibilité de la relation, et le rejet, lié à celui de ma mère de sa propre mère. Car toutes mes relations, si elles commencent dans la légèreté, du moins en apparence, se terminent de la même façon: au moment de construire réellement, soit l’homme déserte, soit il part pour une autre. On me remplace!

J’ai demandé à Louise de réaliser cette lecture à un moment important, et rituel de mon année : celui d’une de mes marches en solitaire. À chaque changement de saison, je pars marcher pendant une dizaine de jours environ, en partant toujours de chez moi, vers une ville qui résonne, qui a une justesse à ce moment-là. Ces espace-temps hors du quotidien, dans une déclinaison archaïque de liberté et de nomadisme, me relient à mes besoins les plus élémentaires. Ils constituent pour moi un endroit de ressource et de réflexion très précieux.

La première marche qui a ouvert le bal de toutes les suivantes était en 2015. Je me suis rendue à pied dans le village où vivait ma grand-mère en Charentes-Maritimes dans les années 1950, quand elle est tombée enceinte de ma mère.

Reims

Lors de ces pèlerinages inédits et “in est dit” qui parlent de l’intérieur, tout fait sens. Du moins, le sens est plus simple à cerner que dans la vie quotidienne et ses multiples sollicitations, actions et parasitages.

Ainsi, je suis partie marcher en ce printemps 2017, avec la lecture de Louise, vers la ville de Reims. (Martine habite Paris. Et juste pour vous donner une idée, il y a environ 160 kilomètres entre les deux villes.) Dès le début, ce chemin s'est révélé très difficile, comme il ne l'a jamais encore été. Chaque matin, je me levais et je commençais à marcher, exténuée, en me disant "Tu vas mourir". J'avais tellement mal aux pieds, ce qui n’arrive jamais non plus. Ils étaient pleins d'ampoules. Chaque pas me connectait à mes racines tellement douloureuses, au cœur de cette marche.

Les premiers jours, j’ai effectué un travail que m’a conseillé Louise, une forme rituelle qui se prête bien au rythme de la marche. J’ai parlé à mon enfant intérieur, ma « petite », et j’ai retrouvé la petite fille très colérique, explosive et volcanique, que j’étais.

Pendant mon enfance, j’étais en défense constante avec les hommes. Impossible que mon père me touche. J’étais très autoritaire avec mon frère. Dans cette continuité, Adrien mon premier petit ami a vécu une certaine forme de tyrannie de ma part. Il a quand même glissé un jour à mon père que j’étais « macho »… c’est dire ! La lecture de Louise a mis en lumière que pour me sécuriser dans mes relations, je devenais moi-même un homme. Sauf que mon homme, le vrai, finit par partir, car il n’a plus de place pour lui…

Ces mémoires demandaient à être nettoyées. Ainsi, les premiers jours, j’ai marché au rythme du rituel Ho’oponopono que Louise m’a fait découvrir.

Voie sans issue

Le chemin est toujours étonnant dans sa subtile manière d'allier l'environnement extérieur à la traversée intérieure. Lorsque je travaillais sur le non-sens, j'ai tourné en rond pendant une heure. La carte indiquait un chemin qui n'existait pas. Et moi, je m'engageais dans un chemin qui existait mais ne menait nulle part. Après m'être beaucoup énervée, j'ai compris ce que racontait la situation, j'ai souri.

Ensuite, le chemin a mis l’accent sur l'impossibilité. Là, c'était vraiment très drôle. Au milieu du chemin, s'est soudain dressé... un mur! Avec un panneau "Voie sans issue"!!

J'ai commencé à m'inquiéter un peu de ce qui allait m'arriver quant au sentiment de rejet en action sur le chemin… J’ai alors croisé une autre pèlerine, ce qui est plutôt rare car les chemins que j’emprunte ne sont pas toujours répertoriés, je les « ouvre » parfois. Je lui ai posé de nombreuses questions, ravie d’avoir de la compagnie piétonne. Questions qu’elle a tout simplement ignorées, passant son chemin, me disant à peine bonjour. Le soir même, j’ai dormi dans un couvent de religieuses polonaises qui bien qu'adorables, ne parlaient quasiment qu'en polonais. J’éprouvais une nouvelle fois avec force le sentiment de rejet qui envahit mes relations amoureuses. Les situations traversées ont accentué les trois thématiques relationnelles révélées dans la lecture d’une manière palpable et tangible.

Ces situations me font sourire aujourd'hui, mais sur le coup, j'étais dans une grande colère. Oui, la petite fille en moi était vraiment, très, très, très en colère. Quand je lui ai ouvert la porte pour qu'elle s'exprime, j'ai traversé pendant plusieurs jours des flots d'insultes, de cris, de pleurs... J'ai habillé mes ancêtres et les vivants pour au moins cinq hivers. J'avais l'impression d'avoir lâché un pitbull !

Dans la lecture, Louise m’avait proposé ensuite d’effectuer un second rituel, en lien avec la reconnaissance de mon grand-père, lui qui est secret, manquant, lui qui n’a pas reconnu ma mère, moi, je pouvais « réparer » en le reconnaissant. J’avais décidé de réaliser le rituel dans une superbe abbaye cistercienne du XIIème siècle où je faisais halte, l’avant dernier soir avant l’arrivée à Reims.

Abbaye

Jusqu'au dernier moment, le chemin vers ce second rituel était digne des plus incroyables romans d'aventures. Le dernier tronçon de chemin, celui pour aller jusqu'à l'abbaye était jonché d'herbes très hautes, quasi impraticable par endroits, débordant d'insectes divers et variés, souhaitant de surcroît entretenir une certaine proximité avec moi... J'ai compris que ce qui s'incarnait là, c'était le fait que je prenais un chemin peu fréquenté. Exactement ce que j'allais faire le soir même avec le rituel.

En effet, personne, à ma connaissance, n'a réhabilité les hommes manquants dans cette famille. Ce que j’ai compris à la lumière de la lecture de Louise, c’est que ça partait de plus haut que mon grand-père. Je pense que le nœud de ces histoires d’abandon des femmes s’est tissé autour de mon arrière-grand père Léo, mort très jeune, qui a laissé mon arrière-grand-mère élever seule leurs 12 enfants. Lui aussi, a besoin d'être réhabilité. Ma grand-mère elle-même n'a pas eu de papa.

En fait, pour survivre et aider ces femmes de mon arbre, je m’étais identifiée au rôle de gardienne des femmes trahies et déshonorées de la famille et c’était elle, la gardienne qui freinait des quatre fers pour ne pas aller vers ce rituel. C'est pour ça que chaque journée était une épreuve épuisante, une lutte pour avancer. Un vrai conflit de loyauté envers elles, et moi qui m’évertuais encore à devenir l’homme parfait que toutes ces femmes n’avaient pas eu, afin de réparer un peu leur histoire…

L'Empereur

"La présence de l’Empereur en arcane d’identité dans [mon] chemin de vie souligne le rôle que [j’ai] à jouer par rapport à ce grand-père et aux hommes en général." Cette idée de réhabiliter mon grand-père, je n’y avais jamais pensé. C’est Louise qui m’a mise sur la piste, en m’offrant un regard différent sur ces « échecs » répétés avec les hommes: “Très inconsciemment, vous tentez de réhabiliter le grand-père dans la lignée. (…) Et c’est là qu’il va falloir que le travail s’exécute, pour vous libérer vous, et que vous puissiez faire face à des hommes qui soient autre chose que ce grand-père qui part, qui n’est pas là, qui va voir ailleurs (…) Ça, c’est l’autre penchant ou l’autre tenant de cette histoire, qui est la vôtre, c’est qu’inconsciemment vous essayez de redonner des lettres de noblesse à cet homme. Parce qu’inconsciemment, vous lui devez la vie. Et c’est là où la réparation peut se faire.”

J'ai fait le rituel le 27 mai 2017. Ce jour-là, j'ai reconnu mon grand-père. Je lui ai fait une place dans ma lignée. Dans ma cellule de l’abbaye, l’ambiance était sacrée. Comme une naissance.

Le lendemain de ce rituel, alors que je marchais en récitant les Ho’oponopono pour prendre soin de ma petite qui recommençait un peu à respirer sans la colère de cette gardienne, une énorme crise de larmes a éclaté. Elle venait de si loin! Si loin! Des gros sanglots d'enfant, ininterrompus pendant plus d'une heure. Je pleurais tellement qu’il s'est mis à pleuvoir, alors qu'il y avait un ciel bleu au-dessus de ma tête. C'était dingue. Et le soir de mon arrivée à Reims, énorme orage. Même la météo était ralliée à l'énergie interne.

Le symbole de la petite m'a beaucoup aidée. Beaucoup, beaucoup. J'en prends soin maintenant, je sais qu'elle est là, je connais ses souffrances, je l'écoute.

Chemin

J'ai traversé en huit jours un grand nombre d'époques, de générations, de territoires... C'était un vrai tourbillon. Le dernier jour, tout est revenu au présent avec ces gros sanglots. Ce travail effectué m'a ouvert une forme de lucidité assez déroutante et puissante: conversations très profondes et intuitions justes quant à des questions que des personnes inconnues rencontrées sur le chemin se posaient sur elles-mêmes; des arbres qui devenaient des êtres humains; des visages apparaissant dans des morceaux de carreaux incrustés dans les sols des chemins... Je me suis un peu inquiétée pour ma santé mentale! Puis j'ai accepté ce que j’étais en train de vivre : regarder au-delà de la "version officielle" sur mon grand-père servie par ma famille depuis mon enfance, voir "vraiment" et par moi-même, certains pans de mon histoire, et reconnaitre que le chemin met en scène tout état intérieur en une réalité tangible...

Aujourd'hui, je suis heureuse d'avoir mis le doigt sur cette mémoire véhiculée par cette colère ancestrale sous laquelle ma petite étouffait; colère qui me « bouffait » la vie. (“La colère empêche de souffrir.” Bert Hellinger)

Cette lecture est à plusieurs étages, je sens que les mots s'adressent à différents corps et aspects de moi, il y a pour moi une grande cohérence et un sentiment de sécurité à être accompagnée par les paroles de Louise, dans ce travail. Ses interprétations et éclairages touchent à des endroits précis qui m’ouvrent à un travail en profondeur. Une véritable justesse est en acte, dans l’empathie et la bienveillance.

Même si de nombreuses habitudes de sécurisation sont encore à détricoter, même s’il y a encore du chemin pour que toutes ces mémoires traumatisantes soient évacuées, je me vois désormais agir et réagir avec plus de lucidité, depuis cette lecture qui m’a accompagnée tout au long de ce pèlerinage. L’apprentissage à être soi, libérée du poids de mon histoire, prendra encore sans doute du temps, mais désormais, je sais quel chemin suivre pour y parvenir. J’y fais mes premiers pas. Je mesure sincèrement l’impact que cette lecture Tarot a eu sur mes prises de conscience et que la disponibilité et la bienveillance dans la qualité de l’accompagnement de Louise a été fondamentale dans la confiance que je me suis moi-même accordée pour dépasser les clivages et les non-dits des générations passées.

Martine D. ~ Juin 2017